LA GRANDE ILLUSION



« Encore un instant, monsieur le bourreau… »


Qu’ils parlent de « submersion migratoire » comme François Bayrou, de « grand remplacement1 » comme Eric Zemmour, ou de « nouvelle France » comme Jean-Luc Mélenchon, les Français ont en tête la plus brutale transformation, culturelle, ethnique, religieuse que notre pays ait connue depuis de nombreux siècles. Certains en sont légitimement inquiets, d’autres s’en réjouissent, mais plus personne n’ignore cette mutation démographique qui touche en profondeur la vie quotidienne de tous les Français et bouleverse le destin de leur pays2


Ce sujet est pourtant très difficile à aborder dans l’espace social. D’autant plus difficile que l’on s’approche des sphères du pouvoir politique, médiatique ou intellectuel. Parler d’immigration dans un dîner en ville ou une réunion de famille, c’est passer au minimum pour un raseur, y développer des arguments pour dénoncer le grand remplacement, c’est risquer l’ostracisme social. Au point qu’on ne débat plus sur le fond de ce sujet, mais uniquement sur quelques paramètres techniques (le nombre d’immigrés, le nombre d’OQTF essentiellement). Dire qu’on est contre le principe même de l’immigration, comme Bruno Retailleau l’a fait récemment, c’est sortir du champ républicain aux yeux de l’intelligentsia parisienne. Car elle entretient une triple illusion auprès des Français : une illusion démographique, économique et culturelle pour masquer les enjeux et les perspectives de l’immigration massive et incontrôlée.



L’illusion démographique


En 2023, il est rentré en France 514 000 migrants3, soit un petit peu moins qu’en 2022 (526 000), mais plus qu’en 2021 (457 000), la tendance étant à l’accroissement depuis 20 ans du flux annuel. Parmi ces 514 000 migrants, il faut noter 54 000 migrants économiques, 47 000 migrants humanitaires, 91 000 arrivants au titre du regroupement familial, 103 000 étudiants, 26 000 divers et une estimation de 95 000 clandestins non enregistrés (pour beaucoup des demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée et qui sont de facto en situation irrégulière). Parmi eux 246 000 Africains et 70 000 Asiatiques.


[500 000 immigrés par an]


Il y a ainsi, bon an mal an, un flux annuel de 500 000 personnes qui entrent sur notre territoire et non pas 380 000 comme on l’entend souvent. Car les démographes citent ce chiffre comme étant le résultat du solde migratoire (les entrées moins les sorties). Mais ils oublient de préciser que les sortants ne sont le plus souvent pas les entrants. Il y a certes selon les années environ 40 000 étrangers qui repartent, mais aussi 120 000 Français qui quittent le pays (40 000 en solde net). Notons au passage que l’accord passé récemment avec le gouvernement britannique va leur permettre de nous renvoyer leurs clandestins et en échange nous leur enverrons un nombre équivalent de migrants choisis et légaux… Cela fera baisser le solde migratoire officiel puisque celui-ci ne tient pas compte des clandestins, mais dans la réalité qu’y gagnerons-nous ?


On l’a compris, chaque année la population française s’accroît de près de 400 000 personnes venues de l’étranger (si on tient compte des clandestins non pris en compte dans le solde migratoire) sans que des conditions d’accueil décentes et d’intégration ne soient prévues. Une ville comme Nice ou Toulouse à construire chaque année. Mais bizarrement les démographes remplacistes4 nous disent que la population immigrée en France est étonnamment stable. Autour de 7 millions depuis de très nombreuses années. En 2023, il est vrai,  ils étaient 7 280 000 immigrés en France. Il s’agit de personnes nées de parents étrangers à l’étranger (cela exclut les Français nés de parents français à l’étranger). Mais les immigrés peuvent être français (ce sont des personnes nées à l’étranger de parents étrangers, mais qui ont obtenu la nationalité française). Nous touchons là à la dynamique du remplacement : sur les 7 millions d’immigrés, seulement environ 5 millions sont des étrangers, les 2 millions restant étant devenus français (par naturalisation ou mariage). C’est comme cela qu’avec un flux net de 400 000 migrants annuels, nos démographes remplacistes peuvent affirmer que la population étrangère ou la population immigrée ne progresse pas. Les immigrés meurent, font des enfants (non immigrés), ou deviennent français et sont remplacés par d’autres immigrés qui arrivent. Le flux n’augmente pas le stock, car le stock se déverse dans la population française. Et on peut proclamer fièrement que la population immigrée ne progresse pas.


[déjà 20 à 30% de personnes issues de l’immigration en France]


Pourtant, si l’on prend en compte les descendants d’immigrés de première génération, on atteint le chiffre de 14 880 000, soit 21,9% de la population. Cela commence à ressembler à un remplacement. Peut-être pas aussi grand qu’on peut le craindre, mais néanmoins très sensible et perceptible surtout. Il suffit de regarder autour de soi dans le métro à Paris, dans le bus à Guéret ou dans le Tram à Nantes pour s’en rendre compte. C’est désormais toute la France, et non plus certaines banlieues de Paris, Lyon ou Marseille, qui sont impactés par un changement visible de population. 31% de la population française est désormais originaire d’un pays étranger à la France (dont 12% d’Afrique du nord ou sub-saharienne) et cette dynamique s’accélère puisque si l’on se concentre sur les moins de 30 ans, c’est 40% (dont 26% issus d’Afrique du nord ou sub-saharienne, ce qui est proportionnellement considérable)5. Dans une ville comme Marseille, par exemple, c’est près de 50% de la population qui est d’origine africaine (environ 400 000 dont 300 000 Algériens, sur 877 000 habitants). Les remplacistes vous diront « mais la France a toujours été un pays d’immigration ». C’est peut-être vrai « qualitativement » (certains Français célèbres ont des origines étrangères, notamment nos reines…), mais quantitativement faux. Il n’y avait que moins de 1% de Français d’origine étrangère en 1850. La grande vague d’immigration industrielle au début du siècle (les Polonais et les Italiens) n’a amené ce chiffre qu’à 3,7% en 1921. Rien à voir avec l’ampleur de l’immigration des quarante dernières années qui a multiplié par 8 ou 10 la population d’origine étrangère en France. S’ajoute à ce phénomène migratoire, la dynamique de la natalité. Comme l’a démontré Laurent Obertone9 en s’appuyant sur les statistiques de dépistage d’une maladie ne touchant que les populations africaines, la « diversité visible », soit à peu près 20 % de la population, est impliquée dans plus de 40 % des naissances - les Français majoritairement non issus de l’immigration africaine, soit encore près de 80 % de la population, sont à l’origine de moins de 60 % des naissances. 


[un flou savamment entretenu]


Nous sommes donc confrontés à une première illusion. Une illusion statistique qui tend à nous faire accroire que la population immigrée ou d’origine immigrée en France est stable, alors qu’elle croit très vite. Cette illusion est savamment entretenue par les tenants de l’idéologie remplaciste. En premier lieu les démographes : il est extrêmement difficile de se procurer des chiffres complets, faciles à décrypter et pérennes, pour évaluer l’immigration en France. Ne pas voir ce qui est, ne pas dire ce qu’on voit, ne pas entendre ce qu’on dit. La parabole des trois singes n’a jamais été autant d’actualité. Les plus grands remplacistes sont connus : on les compte dans les rangs de la France Insoumise et de la gauche de la gauche. Ils ont au moins le mérite de ne pas entretenir l’illusion puisqu’ils se félicitent du changement de France et de ce qu’ils appellent de leurs vœux, la créolisation (de notre population, de notre culture, de notre langue…). Les plus pernicieux se recrutent au centre, droit et gauche, qui font de la question migratoire une variable économique ou un enjeu social en minimisant la réalité démographique.


L’illusion économique


Nous savons que la droite et la gauche libérales (le centre mou de la vie politique française) s’accommodent tant bien que mal des désastres sociaux de l’immigration pourvu qu’elle alimente la machine économique. Elles sont en cela encouragés par le Medef qui comprend très bien qu’un flux ininterrompu de migrants maintient les salaires à un niveau minimal. C’est la première illusion économique : nous faire accroire que la machine industrielle tomberait en panne et plus encore les entreprises de service, si le flux de migrants s’interrompait. Ce sont les fameux « métiers en tension ».


[l’immigration crée la tension des métiers… en tension]


Remarquons d’abord que ces métiers ne sont en tension que dans les grands centres urbains. A Paris, par exemple, le métier de plongeur ou de commis de cuisine est effectivement surtout occupé par des immigrés (mal payés ou exploités, d’ailleurs). En province, ce métier est pourtant occupé à 80 % par des Français non issus de l’immigration. L’explication tient au fait que les Français pauvres et non issus de l’immigration vivent en périphérie des grands centres urbains alors que les immigrés vivent dans les villes ou dans la banlieue proche. Les tensions sur ces métiers sont artificiellement créées par les conditions mêmes d’une immigration incontrôlée. Christophe Guilluy a fort bien décrit le phénomène. Dès lors, il est beaucoup plus compliqué pour des Français non immigrés de rejoindre leur domicile quand les transports en commun sont à l’arrêt. Ce qui n’est pas le cas en province où ils vivent plus proche de leur lieu de travail. Ce que les remplacistes veulent nous faire passer pour des métiers ingrats « que seuls les immigrés veulent occuper » sont surtout des métiers sujets à des problèmes d’organisation spatiale du travail et de l’habitat. Il est d’ailleurs assez curieux de noter que les remplacistes sont prêts à assigner les immigrés aux « sales boulots » que les Français ne voudraient prétendument plus faire. Qui est raciste et méprisant dans cette affaire ? Notons par ailleurs que sur les 5 millions d'immigrés âgés de 15 à 64 ans, seuls 3,5 millions sont actifs et qu'un réservoir d'au moins 1 million d'immigrés est disponible pour couvrir les 400 000 emplois "en tension" sans qu'il soit nécessaire d'ouvrir plus grand le robinet de l'immigration qui vient chaque année accroître le stock d'inactifs. 


[l’immigration paupérise la France]


La pression sur les salaires reste un non-dit. Mais c’est un fait. Il remonte à loin dans notre pays quand Citroën faisait la tournée du Maghreb au début des années 70 pour faire venir dans ses usines des ouvriers qui seraient moins syndiqués et surtout moins exigeants sur les salaires. Si la France a un salaire moyen assez bas (2735 € nets), en tout cas dans la seconde moitié du classement européen (a contrario des années 70 où elle était en pointe après le rebond gaulliste), il faut peut-être en chercher la cause dans le phénomène migratoire : le niveau toujours plus faible des qualifications, des emplois, du pouvoir d’achat et de la capacité contributive des Français est sans doute dû à la paupérisation de la population. Si Marie Sklodowska (Curie) est devenue prix Nobel de chimie et de physique en France, il est fort douteux que les contingents de jeunes migrants illettrés qu’on rencontre au métro La Chapelle inventent un jour les fusées Starship, les processeurs quantiques ou les vaccins ARN dont nous avons tant besoin pour refaire de la France une économie de premier plan.


[l’immigration appelle l’immigration]


La deuxième illusion économique de l’immigration tient à son coût. Selon la Cour des Comptes et l’OCDE, celui-ci serait neutre, voire même légèrement excédentaire. Outre que des études sérieuses administrent la preuve du contraire, cette affirmation heurte le bon sens. Qui peut croire un seul instant que l’entrée non contrôlée de plus de 500 000 migrants chaque année en France et le maintien de plus de 7 millions d’immigrés en place ne génère pas un coût astronomique pour notre pays. Combien d’écoles à construire, d’hôpitaux à faire sortir de terre, de policiers à mobiliser, de subventions à distribuer, de frais de santé à rembourser ( à 100% pour les clandestins ! ), d’allocations à attribuer, de logements sociaux à mettre en chantier ?… Depuis 40 ans les différentes politiques de la ville et les programmes annexes non chiffrés nous ont coûté des centaines de milliards d’euros. Combien l’immigration nous a-t-elle rapporté ? Des points de PIB, c’est certain. Mais à quel prix ?… Combien de salaires bloqués par la pression migratoire ?… Combien de banlieues ravagées par l’insécurité et les coûts induits que cela suppose ?… Combien d’étudiants étrangers formés gratuitement qui n’ont rien apporté à la France ?… Combien d’ingénieurs hyper-performants non accueillis en comparaison de manœuvres incultes et en partie illettrés venus par centaines de milliers ?… Combien de médecins étrangers embauchés au regard de populations immigrées aux urgences de nos hôpitaux ?… Nos politiques et nos intellectuels remplacistes raisonnent comme si le PIB était une fin en soi. On en est sans doute arrivé au point où il faudra faire venir de plus en plus d’étrangers pour s’occuper des immigrés en Ehpad, pour construire les immeubles accueillant les migrants et pour payer la retraite des immigrés arrivés quarante ans plus tôt. Un point de non retour. L’immigration appelle l’immigration.


[le coût de l’immigration : plusieurs dizaines de milliards par an]


40 milliards d’euros par an. Ce serait le coût net de l’immigration (les dépenses engendrées moins les recettes créées dans l’économie) pour la France selon l’Observatoire de l’immigration et de la démographie. Pour l’association des Contribuables associés, le coût net de l’immigration avoisinerait même les 54 milliards d’euros selon une étude réalisée par Jean-Paul Gourévitch. Ces chiffres sont bien évidemment contestés et la « vérité » officielle proclame que le solde financier de l’immigration est nul. C’est assez pratique, mais ça ne repose sur aucune étude publique, documentée et facilement consultable ou contestable. C’est une conclusion à accepter de facto… Alors que les deux études mentionnées plus haut sont extrêmement documentées et chaque point de leur argumentation peut être contesté. Personne n’argumente sur le détail pour les contester d’ailleurs. Il suffit juste de les discréditer : l’observatoire serait financé par Stérin et l’association des contribuables aurait un relent populiste. « Bouchez-vous le nez et circulez, il n’y a rien à voir ». Il est surtout incroyable et dément que le phénomène migratoire, si massif, aux conséquences sociales, économiques, culturelles, si importantes, ne soit absolument pas pris à bras le corps par les médias, par le Parlement, par le Conseil économique et social, par des think-tanks, par de grandes sociétés d’audit, pour en mesurer toutes les conséquences financières dans pratiquement tous les secteurs économiques français. Car on parle tout de même d’un coût susceptible de représenter un tiers du déficit budgétaire français et par voie de conséquence de la dette nationale. Une paille.

L’illusion culturelle


A l’extrême limite, la France pourrait se payer le luxe (il s’agirait bien d’un luxe ostentatoire, voire babylonien, compte tenu du déficit budgétaire qui dépasse désormais 180 milliards d’euros chaque année) de financer une immigration massive si celle-ci nous apportait un surcroît de bien-être, une meilleure stabilité sociale, une grande perspective nationale. Mais c’est à l’évidence tout le contraire qui se dessine. Insécurité culturelle, désintégration sociale, rejet du patriotisme au profit d’une binationalité hargneuse, nous divisent. On peut même craindre la perspective de plus en plus probable d’une guerre civile liée à l’immigration comme le constate une récente étude anglaise6.  François Hollande ne prophétisait-il pas à Davet et Lhomme, dans Un président ne devrait pas dire ça, que la France serait un jour prochain partitionnée comme elle le fut au temps des guerres de religion ?   


Car, que ce soit en stock ou en flux, plus de la moitié de l’immigration provient désormais de pays africains, maghrébins ou sub-sahariens. Si l’on prend en compte les tendances récentes, notamment les jeunes générations, c’est cette origine qui domine aux deux tiers et qui constitue la tendance de fond d’un changement de population en Europe et tout particulièrement en France. Les vagues d’immigration récentes intra-européennes concernaient principalement l’Espagne et le Portugal, mais elles se sont éteintes progressivement à mesure que ces pays ont atteint un stade de développement avancé, engageant même un retour au pays au moment de la retraite. Il faut donc constater objectivement que l’immigration récente concerne principalement des pays qui sont fondamentalement différents du nôtre sur le plan ethnique, sur le plan religieux et sur le plan culturel. Ce n’est pas rien. C’est même énorme et c’est ce qui sous-tend la notion de « grand remplacement » qu’il faut prendre autant au sens qualitatif que quantitatif.


[le changement de paysage culturel et ethnique]


Du point de vue culturel et identitaire, notre paysage est bouleversé par ces changements ethniques. Sans y faire entrer de notion raciale (l’opposition ou la hiérarchisation des races), la présence de plus en plus nombreuse de « minorités visibles » comme l’on dit, qui sont d’ailleurs de plus en plus souvent des majorités, provoque insidieusement chez de plus en plus de Français le sentiment d’être étrangers en leur propre pays. Leur paysage ethnique change aussi vite qu’un paysage naturel qui devient méconnaissable sous la poussée urbaine. Le changement de peuple est avant tout un changement de paysage. La colonisation bien regrettable des pays africains par la France de la troisième République avait consisté à peupler ces colonies, notamment l’Algérie, de Français qui y avaient imposé leurs visages, leurs tenues vestimentaires, leurs coutumes, contre ceux des autochtones. Ce phénomène colonial est aujourd’hui perçu à l’envers par bien des Français sous la pression de l’immigration. Certains s’en félicitent comme Jean-Luc Mélenchon qui se sentait « plus à l’aise à la vue de burnous sur le port de Tanger que des gueules d’abrutis (Sic !) des Normands qu’il a découverts à son arrivée en France ». Mais pour la grande majorité des Français la question coloniale se pose à nouveau. A l’envers, car ils se vivent comme colonisés.


[la question identitaire au centre du débat national]


Le vivre-ensemble était un beau projet. Il était peut-être viable avec une immigration contenue et une intégration (l’assimilation à la française) réussie. Mais plus personne n’y croit sérieusement. Les plus optimistes se contenteraient d’une société multi-culturelle ou les communautés se côtoieraient en vivant séparées, un apartheid institutionnalisé. Les plus conquérants du côté des immigrés et les plus pessimistes du côté des Français prévoient une société où la culture immigrée s’imposera sur la culture nationale, une assimilation à l’envers. On peut d’ores et déjà le constater dans certains « territoires perdus de la République » où la culture importée du Maghreb s’impose de plus en plus aux jeunes pourtant nés sur le sol français. Pas partout et pas chez tous les Maghrébins, mais de plus en plus souvent et dans de plus en plus de villes, y compris de la « France profonde ». Il ne se passe plus un jour sans qu’un fait divers nous le rappelle, souvent tragiquement. Mais au delà de l’aspect sécuritaire, c’est plus la question identitaire qui domine. Les assassinats de masse du Bataclan ou de Nice furent atroces mais restent somme toute marginaux au regard des humiliations quotidiennes que vivent certains Français, des yeux qu’il faut baisser pour ne pas risquer un coup de couteau, des rues qu’il faut éviter pour ne pas se faire rançonner, des reconstructions historiques ou des détournements de sens qu’il faut accepter pour se fondre dans la doxa ambiante, des slogans haineux qu’il faut encaisser pour avoir la paix. Le vivre-ensemble est devenu une illusion. Pour ceux qui, comme Emmanuel Macron, pensent qu’il n’y a pas de culture française (sic !) et que toutes les autres cultures sont bonnes à prendre. Ce sont généralement les mêmes qui entretiennent l’illusion démographique et économique. Faire semblant d’y croire. Par lâcheté le plus souvent. Par perversité idéologique aussi (outre la France insoumise, il y a un parti pro-arabe dans les institutions françaises, notamment au Quai d’Orsay, qui se déchaîne actuellement à propos de la guerre à Gaza, Dominique de Villepin en étant le produit le plus pur). 


[un tout pour emplir un vide]


Si la persistance des cultures importées peut être mise au compte d’une faiblesse de l’identité nationale française (qui n’a plus de projet ou de modèle ambitieux à proposer aux nouveaux arrivants) plus qu’à leur force propre ou aux hypothétiques produits exemplaires de leur civilisation, c’est sur le plan religieux que le colonialisme maghrébin et sub-saharien se montre puissant. Car il ne se confronte pas à une autre religion (les Français sont aujourd’hui très largement déchristianisés) mais à une absence de religion. Un tout, l’oumma7, confrontée à un vide, la laïcité. Et le vide ne demande qu’à s’emplir du tout, surtout s’il a des prétentions universelles. La société française s’islamise de plus en plus. On peut même considérer que l’identité musulmane revendiquée (11%) égale ou dépasse la pratique régulière du culte catholique (entre 2 et 4 % de pratiquants réguliers). Jérôme Fouquet répertorie chaque année l’incidence des prénoms musulmans parmi les naissances. Nous en sommes à 21,1% sur toutes la France, à 35,4% en Île de France (plus de 60% en Seine Saint-Denis), soit une multiplication par 4 ou 5 en 30 ans… Un quart des enfants qui naissent en France sont désormais musulmans, la France s’islamise ainsi très rapidement et très sûrement… Elle ne s’islamise pas que par l’identité religieuse ou le respect de certains principes para-religieux (interdit du porc, viande halal8…), mais par la diffusion de plus en plus active de prescriptions morales complètement rétrogrades et ségrégationnistes, notamment sur la place des femmes dans la société. Il est d’ailleurs assez affolant de constater que les partis ou les organisations les plus historiquement engagés dans l’émancipation des femmes sont aujourd’hui les plus enclins à s’aligner sur les interdits islamiques (les affaires de piscines séparatistes ou de voile à l’école sont à cet égard emblématiques des reniements de la gauche française). Pour compliquer les choses, la grande majorité des maghrébins immigrés est constituée d’Algériens qui vouent à la France une haine particulière en raison de la guerre qui nous a opposés il y a 70 ans et savamment entretenue depuis par le pouvoir dictatorial en place à Alger. 


[haïr ensemble]


Nous entrons donc dans une période difficile de l’Histoire française, où des populations venues de loin, ne nous aimant pas du tout, professant souvent leur haine de la France (si visible sur les réseaux sociaux), créent une tension palpable dans la vie de notre pays. La guerre à Gaza en est un révélateur puissant : le post-colonialisme revanchard et l’identification à la cause palestinienne se répandent comme une traînée de poudre dans la société française en emportant tout sur leur passage : équité morale, mesure du jugement, sagacité. Et avec eux revient l’antisémitisme le plus crasse qui se répand dans toute la population, via l’extrême gauche (mais pas que…). Et cette tension en crée une autre dans la population autochtone qui ne manquera pas à un moment qu’on espère éloigné de verser dans l’excès par ressentiment. Soit en votant pour un parti situé à l’extrême de la vie politique (le RN qui n’offre qu’une vision très floue - et instable - des remèdes à apporter), soit en s’adonnant par la pensée à la haine de l’autre, ou pis encore, en cautionnant des débordements. Le « vivre ensemble » pourrait bien vite ressembler au « haïr ensemble ». Et devenir une illusion.  


Les trois illusions, démographiques, économiques, culturelles, savamment entretenues autour de l’immigration par les remplacistes, c’est à dire les tenants du « Grand remplacement » qu’ils soient proactifs ou simplement naïfs par lâcheté, nous conduisent à une impasse nationale. La civilisation chrétienne, puis les valeurs républicaines qui ont formé le ciment national pendant 1000 ans pour l’une, puis 250 ans pour les autres, ont disparu pour la première ou se sont dissoutes dans la post-modernité pour les secondes. Nous n’avons plus rien à proposer aux migrants qui arrivent en masse, ni civilisation chrétienne, ni projet républicain.


Chacun d’entre eux est respectable (la volonté de s’extraire de la précarité en quittant sa famille, son village, son pays, est un acte méritoire), mais la volonté d’un peuple de protéger son mode de vie, de proroger les progrès acquis après tant de luttes contre l’adversité, de faire se prolonger encore un peu une civilisation qui a donné la Pieta de Michel-Ange, la philosophie de Pascal et de Kant, le vaccin contre la variole, ou encore l’empreinte indélébile de l’Homme sur la Lune, mérite aussi le respect. Encore un instant, monsieur le bourreau !… Dans la Grande illusion, le commandant von Rauffenstein dit au capitaine de Boëldieu « notre caste est vouée à disparaître. Nous sommes condamnés par la modernité ». Les Français d’origine française sont peut-être aussi les vestiges d’un monde qui disparait, un monde humaniste, un monde attaché à l’émancipation des hommes et des femmes, un monde de liberté. Ce n’est pas la modernité qui le tuera, mais plutôt la post-modernité, c’est à dire le retour aux temps obscurs. 


 


Notes :


1 -  Le Grand remplacement - ce terme est très controversé mais désormais largement répandu dans l’opinion : 61% des Français estiment que le « grand remplacement » va se produire en France, selon un sondage Harris Interactive de 2021. Selon son inventeur Renaud Camus, ce n’est pas une théorie, mais la description de ce qui l’en est du remplacement progressif de la population française et européenne par des peuples allogènes, originaires principalement d’Afrique. Renaud Camus est sans doute un assez mauvais défenseur du concept qu’il a brillamment inventé, pour trois raisons. D’abord, il se refuse à étayer sa description avec des chiffres pourtant éloquents, prêtant ainsi le flanc à des critiques qui contestent ces chiffres et l’idée même de remplacement ; ensuite il dénature régulièrement son propre concept en utilisant de moins en moins le terme de « grand remplacement » pour lui préférer le terme de « génocide par substitution » inventé par Aimé Césaire pour dénoncer l’installation massive de Français en Guyane (notons toutefois une inflexion récente puisqu’il parle désormais de « génocide par remplacement »  qui reste toutefois erroné car il ne s’agit toujours pas d’un génocide) ; enfin, si Camus est un écrivain très brillant, c’est un débatteur assez médiocre (il reconnaît lui-même ses difficultés à entretenir une conversation) et toutes ses interventions radiodiffusées ou filmées ont l’effet désastreux d’un monsieur à la voix chevrotante sortie d’un gramophone et d’une autre époque.


2 - L’immigration un sujet de préoccupation -  69 % des Français se disent préoccupés par le sujet de l’immigration, selon un sondage BVA Opinion pour RTL réalisé en mai 2023. Selon le baromètre annuel du Cevipof, 63 % des personnes interrogées pensent qu’il y a trop d’étrangers en France. Une étude Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde en 2022 retrouve un chiffre similaire : 66 % des Français estiment qu’il y a trop d’immigrés. 75% des Français sont par ailleurs favorables à un référendum sur l’immigration (Ifop 2023)


3 - source : Ministère de l'intérieur - DGEF - DSED/AGDREF - https://tinyurl.com/2d6rm792 - les chiffres de l'immigration 2023 - les chiffres de l'immigration 2022 https://tinyurl.com/45d8erzm - Ifrap https://tinyurl.com/5n7uxm5t


4 - démographes remplacistes : j’entends par ce terme, les démographes dont l’essentiel du travail consiste à présenter des chiffres partiels ou à en masquer d’autres pour minimiser dans l’opinion la perception du phénomène migratoire. Leur idéologie pouvant se résumer à : « il y a peu de migrants en France… Oui certes il y en a quand même… Mais il y en a toujours eu beaucoup… Et puis cela enrichit la France. »


5 - source : Insee - Premiere n° 1910


6 - David Betz, un éminent professeur du King’s College à Londres, l’une des universités les plus réputées au monde dans la discipline des «War Studies» a publié en août 2025 un article dans la revue Military Strategy Magazine, dans lequel il met en garde contre le risque de guerres civiles dans les pays européens, et particulièrement en France ou au Royaume-Uni.


7 - L’oumma : la communauté des musulmans, l'ensemble des musulmans du monde. Cette notion marque le dépassement des appartenances tribales et ethniques, puis nationales, au profit de l'appartenance religieuse.


8 - Viande halal - En Île-de-France, 100% de la viande abattue localement est soumise aux rites religieux (halal et casher), selon la Chambre d’Agriculture d’Île-de-France. Cependant, cette viande locale représente une faible part de la consommation totale de la région.


9 - Dans son livre La France Interdite, Laurent Obertone fait référence au dépistage néonatal de la drépanocytose, une maladie génétique qui touche principalement les populations originaires d’Afrique subsaharienne, du Maghreb, des Antilles, de certaines zones du pourtour méditerranéen (Italie du Sud, Grèce), de l’Inde ou d’autres régions à risque. Obertone utilise les statistiques de ce test comme un “indicateur” indirect du taux de population d’origine africaine ou extra-européenne en France, du fait que ce dépistage est ciblé sur des enfants issus de parents venant de ces régions.

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