HABEBAMUS PAPAM - Le Pape, les migrations et la paix
J’avais écrit au Pape (en 2017). Il est mort sans me répondre. Dommage. Ceci dit, je me doute un peu de la réponse qu’il m’aurait faite.
Très Saint-Père
Par ce courrier, je souhaitais vous faire part du très vif émoi que le discours sur les migrants et les réfugiés que votre Sainteté a prononcé a provoqué chez bon nombre de fidèles français, notamment. Car chacun des 4 points du programme que votre sainteté propose est ressenti comme contenant une bombe sociale, des troubles économiques gigantesques et un ferment de guerre civile…
Accueillir
Tout d’abord, là où la pensée dominante fait aujourd’hui un amalgame commode entre migrants (économiques) et réfugiés (politiques ou issus de pays en guerre), votre sainteté les identifie clairement pour les mettre en équivalence en termes de droits et de devoirs. Au moins les choses sont claires : nous devrions accueillir les migrants tout autant que les réfugiés. Tout migrant qui sollicite notre accueil doit être accueilli et son arrivée facilitée « dès le départ ». Les demandes doivent être toutes facilitées par les autorités consulaires et les entrées sur notre territoire doivent ainsi être toutes « légalisées ». On voit ici tous les bouleversements que recèle cette invite : les corridors que votre sainteté demande de mettre en place pour acheminer tout migrant qui en fait la demande videront l’Afrique de ses forces vives pour venir appauvrir l’Europe déjà incapable de donner du travail à environ 20% de sa population. Votre Sainteté affirme aussi : « il faut faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale »… Pourtant, derrière la sécurité d’une nation, c’est la sécurité de millions de personnes qui est en jeu…Votre Sainteté affirme ainsi la primauté du droit personnel sur le droit national : c’est l’ordre mondial que l’ONU tente de préserver depuis 1945 et qui est fondé sur le respect de la souveraineté des Etats-Nations qui est ainsi remis en cause. Perspective effrayante.
Protéger
Votre Sainteté rappelle aussi que tout migrant doit avoir une facilité de circulation intégrale dans les pays d’accueil, la liberté de travailler où il veut et doit pouvoir accéder partout aux moyens de formation. Mais comment ne pas voir ici que le migrant devient une ressource malléable à l’infini par les forces du capitalisme mondialisé et une variable d’ajustement pour produire toujours moins cher en contraignant les populations locales à aligner leurs salaires sur ceux des migrants. La paupérisation de l’occident n’est une perspective heureuse ni pour l’Europe ni même pour l’Afrique qui serait privée d’investissements au moment où on cherche juste à la développer par l’électrification notamment. Cette paupérisation est vécue en France notamment comme une insulte à son génie, à celui de l’Europe et à celui de l’Amérique qui ont su patiemment bâtir des sociétés où a été libéré l’esprit des Lumières, où ont été inventés les technologies qui permettent à l’homme de vivre mieux et plus longtemps partout dans le monde, où a été conçu un mode de vie qui sert aujourd’hui de modèle à tous ceux qui dans le monde veulent s’émanciper et vivre libres. Comment ne pas voir qu’une immigration sans contrainte mettrait rapidement tout cela à bas en paupérisant les populations locales, en réduisant leurs capacités d'investissement, en important des cultures arriérées au plan des mœurs et de la liberté. Par effet induit les populations restées en Afrique seraient les premières à en souffrir.
Promouvoir
C’est ici qu’on découvre que le programme que votre sainteté souhaite promouvoir dépasse la promotion du libéralisme individuel et intégral puisqu’il invite les États à favoriser et encourager le regroupement familial en l’étendant aux parents, collatéraux, grands-parents, enfants et petits-enfants. Ce ne sont plus des individus que votre sainteté nous demande d’accueillir, mais des familles, des communautés, des villages entiers. On se souvient que le concept de « grand remplacement » avait fait scandale sous la plume de l’écrivain français Renaud Camus. Mais l’accomplissement de ce concept devient ici très concret sous l’autorité que lui donne votre Sainteté.
Intégrer
Votre Sainteté rappelle ici que l’intégration ne saurait se confondre avec l’assimilation. C’est le modèle multi-culturaliste de juxtaposition mis en œuvre dans les pays protestants anglo-saxons qui est ici promu d’une manière surprenante, loin de l’universalisme catholique. Plus encore, votre Sainteté qualifie les citoyens des États d’accueil des migrants de « communautés locales ». Des communautés parmi d'autres dans un système communautariste généralisé. Votre Sainteté demande aussi aux autorités de « développer des programmes visant à préparer les communautés locales aux processus d’intégration ». Il s’agit donc de formater les esprits des citoyens pour qu’ils acceptent le fait migratoire plus que de former les migrants à s’intégrer aux cultures d’accueil. Après les événements de Charlotesville, on comprend désormais en France que si de telles mesures étaient mises en œuvre, elles seraient autant d’aiguillons pour tous les extrémistes qui agitent nos sociétés. Au moment où des fractures béantes traversent nos sociétés, au moment où 47% des jeunes français musulmans sont selon le CNRS en voie de désintégration et de rejet de leur identité nationale française (ils ont la haine de la France, parlons clairement), au moment où l’activisme islamique se développe sans cesse pour bouleverser les modes de vies de quartiers, de villes, de sociétés entières, au moment où le terrorisme mine la confiance dans le « vivre ensemble », de telles propositions sont perçues par beaucoup de Français et de Catholiques comme le ferment d’une guerre civile qui est déjà latente.
Votre Sainteté percevra peut-être ce courrier comme une insolence et un manque de respect. Ce ne serait pas juste. Il est l’expression du désarroi que son discours a provoqué en France au moment où notre pays est traversé de facteurs de désintégration puissants qui menacent d’emporter tout sur leur passage. Et les perspectives offertes par votre Sainteté si elles étaient suivies par nos gouvernements (ce dont je doute) sèmeraient désordre, troubles et situations incontrôlables. Ce qui rendrait les hommes de bonne foi inconsolables.
Daigne votre Sainteté recevoir l’expression de tout mon respect et de ma fidélité à notre Eglise et accorder sa bénédiction apostolique à la nation française
Lire ici le discours du Pape au Forum international « migrations et paix » en 2017 - NB, il s’agit d’une version édulcorée par rapport à la première version qui a été prononcée et qui avait fait scandale. Face à celui-ci, la version mise en ligne a été policée, la version originale n’est plus accessible.